Photographies ordinaires

Vos photographies sont ordinaires ? Et alors ? Je pourrais vous en montrer des tonnes comme celle-ci. En 35 ans de pratique, je dois avoir cumulé des kilomètres de films sur lesquels j’ai enregistré des petites choses sans importance. Cela doit représenter une dépense colossale et inutile si je réfléchis bien mais je n’ose pas faire le calcul. Ou alors, on peut considérer que toutes ces photos sans intérêt ont permis au photographe de progresser. Voyons tout ce temps passé et les pellicules gâchées comme un investissement. Et puis avec les années, on devient indulgent avec soi-même. On regarde nos bouts d’essais avec un œil bienveillant.

N’hésitez pas à griller de la carte mémoire vous aussi. Je sais, la mode du slow down veut que l’on ralentisse la cadence mais si à l’époque j’avais pu emmagasiner 999 vues sur un seul film, je ne me serais pas privé. Aujourd’hui, c’est le porte-monnaie qui fait la loi. Impossible de déclencher sans avoir en tête le prix d’une pellicule couleur et le coût de son développement. J’exagère un peu mais ce n’est pas mentir de dire que cela freine les ardeurs. Je réalise très peu de prises de vues en couleur actuellement à part pour faire plaisir aux fans de la photo vintage qui me demandent un portrait. Si l’occasion se présente, je remet en route la machine Kodak et je shoote avec modération.

Je constate que Kodak a de nouveau alimenté les boutiques argentiques en films Colorplus 200. C’est une bonne nouvelle même si on paie la pellicule deux fois plus cher qu’en 2015. Mais je ne baisse pas les bras. Il y aura encore du film couleur amateur dans la besace cet été et je ne serai pas contre une série de photographies ordinaires à la plage si la Covid nous fiche la paix.

9 commentaires sur « Photographies ordinaires »

  1. Tu as raison, à une époque où nous n’avions pas le choix et où la prudence pécuniaire dictait nos déclenchements, ces photos ordinaires étaient autant de petits pas vers une meilleure maitrise de nos appareils. Aujourd’hui nous avons la chance de déclencher autant de fois de notre œil le demande, le coût n’apparaissant que si nous voulons tirer la/les photos. Tant qu’elles sont sur nos PC, elles ne nous coûtent « rien » et nous pouvons voir les réglages que nous avions choisi, les corriger, voir nos progressions … Si ce devait être le seul avantage du numérique, quelle chance il nous offre !

    1. C’est encore plus vrai aujourd’hui. Il y a 20 ans, je ne regardais pas à la dépense. Les développements et les tirages 10×15 restaient abordables. Maintenant, quand on compare le prix d’une carte mémoire de 32 Go avec le prix d’achat d’une boîte de 5 Kodak Portra, c’est effrayant. Mais bon, ne dit-on pas : quand on aime, on ne compte pas ?

      1. Hé, considérons que nous avons toujours 20 ans, ça passe plus facilement … Mais tu as raison, parfois, ça fait peur d’aimer ce qui est différent.

  2. C’est vrai que le prix des péloches a « honteusement » augmenté ces dernières années (mois ?) et c’est bien dommage tant le cachet de l’argentique reste indémodable.
    Je suis aussi très Kodakiste pour les teintes chaudes de leurs émulsions, mais le prix actuellement à de quoi rebuter même les plus aisés et nous pousse à utiliser les péloches avec modération… à moins de pouvoir se le permettre.

    1. Oui, petit à petit, l’argentique deviendra réellement un niche pour photographes fortunés. J’ai moi-même éliminé bon nombre de références chez Kodak pour des projets persos, le cœur dans l’âme. Mais temps que serais en capacité à fournir des images argentiques ( couleurs ou NB ) à mes clients, je serai heureux.

  3. Every photograph is ordinary, by itself They are all context-dependent. Vision (like smell) is too directly emotional for a photograph to have and transmit intrinsic movement as do some of the true music classics.
    The question of value stems from, how broad is the audience who understands the context and is able to relate the photograph to the context. The masters understood and understand the depth of context appreciated by the significant audience – who has not experienced the emotions readily visible in a Sudak print?

    1. En fait, il ne faut pas confondre sujet ordinaire et photos médiocres. Trop de gens pensent pouvoir créer des images remarquables grâce à un sujet qui sort de l’ordinaire. Mais si la photo est mauvaise, la photo restera mauvaise quel que soit la beauté ou le côté exceptionnel du sujet. À l’inverse de grands noms de la photographie comme Kertész ont su créer des visuels devenus des œuvres avec un simple fourchette ou comme Horst en photo de mode avec peu d’accessoires. Ces photographes savent transformer le banal en un visuel artistique, chose que nous tous ici ne maîtrisons pas. Nous sommes inondés de photos sur le net ( chez les amateurs comme les pros ) de très jolies filles souvent dénudées, des images récompensées par d’innombrables clics. La quasi totalité de ces images sont d’un ordinaire ennuyeux. Mais il y a public pour les jolies filles, alors même sans aucune créativité ni d’originalité de la part photographe, ce genre de photo plaira toujours au plus grand nombre. Bonne méditation.

  4. Oui, on peut supposer que ce qui fait vraiment le photographe, c’est justement la capacité à ne pas confondre « ce qui est beau / rare / spectaculaire, etc. » et ce qui est réellement photogénique, et qui peut sembler à première vue totalement insignifiant, ou bizarre, ou même déplaisant. La photographie serait une sorte de filtre ; et les « grandes choses » ne passent pas facilement au travers…
    Combien de fois n’est-on pas dépité de voir quelle pauvre allure ont pris en image ces délicats feuillages baignés de lueurs matinales qui nous semblaient si bouleversants « en vrai ». Il paraissait pourtant si simple de capter cette scène sans effort, rien qu’en étant là, puisqu’elle était belle… Mais la photographie n’est pas si transparente à la beauté du monde.
    (Et paradoxalement, c’est souvent à force d’artifices — ou du moins de démarches techniques — que l’on parviendra à retrouver au final l’évidence première de la scène.)

    1. Merci Frédéric de participer au débat. À partir d’une scène ordinaire peut naître une photo extraordinaire sans artifice. Une bonne connaissance de la lumière, un cadrage bien pensé et une bonne pellicule suffisent.

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