Photo argentique en basse lumière, c’est possible

Est-il possible de photographier en basse lumière en argentique ? Oui mais pas comme on peut le faire avec certains appareils numériques. Place aux choix stratégiques !

4 commentaires

Il faut tourner à son avantage les contraintes d’un éclairage faible.

Photographier, c’est écrire avec la lumière. Mais quand celle-ci vient à manquer, les contraintes se manifestent rapidement. Il faut soit accepter une vitesse lente parce que le boîtier vous hurle dans le viseur de lui laisser le temps de capter le peu de lumière disponible. Dans ce cas, le trépied devient impératif pour éviter le flou de bougé. Soit on augmente la capacité de l’appareil photo à enregistrer l’image. Mais là, cela s’appelle de la triche car il faudra exposer la pellicule ( ou le capteur, pardon j’avais oublié qu’il y a encore des gens qui photographient avec un numérique. Houlala …) à une sensibilité plus élevée. C’est la manip qui me vient en premier à l’esprit quand je photographie en nocturne. Hé oui, cela m’arrive. Par contre, il faut être conscient que cette montée en ISO risque de provoquer une dégradation de l’image. On fait monter le grain sensiblement lorsque l’on photographie avec une Ilford HP5 à 1600.

Mais que suis-je bête ! Il existe aussi des pellicules sensibles, au grand étonnement de beaucoup d’entre vous, des pellicules prévues pour être exposée à 3200 ISO. Ok, c’est génial alors ? Oui sauf que tous les boîtiers ne permettent pas de stopper une pellicule en cours de route et de la reprendre la où on s’est arrêté. C’est ce que permettent par exemple les reflex canon EOS du type EOS3. Il m’arrive de passer de la couleur au noir et blanc au beau milieu du film et de le remettre ensuite dans le boîtier. Sinon, il faut prévoir le coup avant et pouvoir la terminer dans les mêmes conditions de lumière. Après, si la finesse du grain est primordiale, les sensibilités élevées des fameuses TMAX P3200 ou ILFORD DELTA 3200 ne feront pas de miracles. Et je suis sûr que le grain en effraie plus d’un.

La parade que tout le monde est censé connaître pour lutter contre ce problème de basse lumière, en argentique comme en numérique, c’est bien sûr l’utilisation d’un objectif lumineux. Le principe est simple, on choisit un objectif doté d’une ouverture extrême et on ouvre grand les rideaux pour laisser entrer la lumière dans la pièce. C’est simple comme bonjour. Donc, on y va, tout le monde court acheter un 50 mm avec une ouverture de F1,2 et c’est gagné ! Oui mais en voyant le prix affiché de ce genre de joujou, on fait la grimace. Rassurez-vous, il existe des versions beaucoup plus abordables. La qualité des objectifs lumineux n’est pas toujours à la hauteur des attentes des photographes. J’en suis à mon deuxième Canon 50 mm F1,4 et je rencontre encore une fois des problèmes de mise au point décalée. Pour tout vous dire, en argentique, je n’ose plus ouvrir au maximum tellement c’est imprécis. Le boîtier est sans doute en cause aussi mais cela ne m’enthousiasme pas à photographier à F1,4.

Que nous reste-t-il comme choix ? Le flash ? Ok, je vous vois venir avec vos gros sabots. D’accord, le flash résout tous les problèmes. On peut se permettre de photographier à 200 ISO dans le noir si cela nous chante. Malheureusement, le flash direct détruit souvent l’ambiance nocturne. Autre problème, le flash est inefficace quand le sujet est éloigné. Pire, le flash est proscrit au théâtre ou dans certains musées. Donc, il faudra oublier le flash d’appoint. De toute manière, le rendu n’est pas toujours génial. A moins de travailler à courte distance, de modeler la lumière, sans oublier de doser correctement la quantité de lumière émise. Il faut aussi en avoir le temps.

Franchement, aujourd’hui, je suis obligé d’admettre que le numérique a vraiment mis une claque à l’argentique dans ce domaine. Lorsque vous regardez la qualité d’image produite par un Nikon D810 ou un canon EOS 5D MK IV à 5000 ISO ( sans pour autant les mettre en balance ), on ne peut que s’incliner devant autant de prouesses. Je dirais même que dans ces conditions, la photo devient facile et je ne m’en plains pas quand je suis en reportage mariage à l’intérieur des églises sombres.

En argentique, photographier en basse lumière, c’est parfois compliqué surtout si on veut une image lisse et bien définie. Par contre, on peut faire le choix d’assumer des photos légèrement floues, avec un rendu très granuleux. Oublions les photos ultra nettes et claires comme en plein jour et prenons le parti de l’imprécision ( ou de l’artistique ). C’est le choix que je fais sur scène ( dans certains cas la lumière est pratiquement absente ) et lorsque je photographie la nuit en argentique. On expose comme si la sensibilité du film était de 3200 ISO, on accepte des vitesses un peu faibles et grâce à une ouverture acceptable de l’ordre de F2,8, on arrive encore à fabriquer des images argentiques même en basse lumière. Mais n’espérez pas récupérer une image propre et nette comme dans les magazines de Rock.

L’autre solution consiste à attendre que la lumière éclaire suffisamment le sujet pour déclencher à une vitesse d’obturation raisonnable et une sensibilité pas trop haute. On pique la lumière là où elle frappe le sujet. La mesure de l’exposition quand elle faite dans la lumière conduit bien souvent à noircir les arrière-plans non éclairés. Peu importe si les noirs sont bouchés. On créé des zones complètement noires mais le sujet est bien exposé.

Malheureusement, tout n’est pas possible en argentique. Il faut faire un choix et parfois ces contraintes aboutissent à des résultats sympathiques, voire même artistiques. Mais là, c’est une autre histoire.

Dans la même veine, vous pouvez lire cet article : un spectacle de nuit en argentique

4 comments on “Photo argentique en basse lumière, c’est possible”

  1. La sensibilté réelle des films 3200 n’est pas 3200 mais de 800 à 1000 iso (cf. tests chasseur d’images) 3200 c’est le seuil pour les pousser en gardant des résultats corrects. Le plus important quand on utilise du film haute sensibilté au delà de la prise de vue c’est bien sûr le choix du révélateur et de la façon de développer. Le « stand developpement » permet de contenir le grain en limitant l’agitation tout en compensant les défauts d’exposition.

    1. Merci olivier. Brassaï, oui, j’en ai souvent parlé ici dans le blog photo. Il reste une référence pour moi en photographies nocturnes urbaines. Beaucoup de poésie dans ses photos.

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