Adobe RVB ou sRGB ?

On pourrait penser que le numérique nous facilite la vie. Il faut juste regarder les nouvelles habitudes des consommateurs d’images et les entendre parler des outils d’aujourd’hui pour croire que tout est facile, rapide et irrémédiablement beau grâce à quelques clics. Mais le travail de post-production n’est pas toujours un long fleuve tranquille même pour un professionnel. Entre les problèmes engendrés par l’informatique et ceux liés aux mauvaises interprétations entre les machines rien qu’au niveau de la colorimétrie, on en arrive à s’arracher les cheveux. J’ai pourtant travaillé de longues années en imprimerie et j’ai eu la chance d’apprendre la gestion de la chaîne graphique. Mais les soucis ne sont jamais loin dans ce domaine. Si ce n’est pas votre matériel qui est défaillant, c’est l’un de vos prestataires qui ne veut rien entendre.

Je ne dis pas que le travail sur écran ne se déroule jamais comme on le souhaite. Parfois tout roule comme sur du billard et parfois c’est la croix et la bannière. Dans tous les cas, si le photographe souhaite réellement un rendu précis, il est obligé de s’investir un minimum, à moins de sous traiter la retouche auprès de professionnels du labo. Alors que j’essaie de rattraper mes propres erreurs de préparation des fichiers avant impression, on me demande par mail s’il est préférable de travailler en Adobe RGB ou en sRVB, le genre de question qui d’ordinaire ne me dérange pas mais qui m’agace en ce moment même. Mais je tiens à rester courtois avec ceux qui prennent le temps de me lire et de m’interroger. J’ai donc répondu sans plus attendre.

J’ai à nouveau pris conscience que l’on attache trop d’importance à l’embellissement des images. On en discutait déjà entre photographes il y a 15 ans. Nous mettons trop d’importance sur l’après photo et pas assez sur l’instant du déclic, l’instant où tout se joue : cadrage, lumière, jeux de couleurs et bonne exposition. Si tous les paramètres de prise de vue sont maîtrisés au déclenchement alors la post-production n’a plus autant d’importance. Déjà, le fait de prendre moins de photos laisse plus de place à la réflexion. Une image bien pensé n’a pas besoin de calques, de filtres, de plugin et de je ne sais quel process numérique. Mais parfois, j’ai tendance à l’oublier, moi qui me targue de pratiquer la photo à l’ancienne. Je ne dis pas non plus que c’était mieux avant. L’argentique a aussi son lot de désavantages mais il a au moins le mérite de rendre plus humble.

Certains excellent surtout dans la retouche et l’embellissement des images et d’autres savent tout simplement prendre de bonnes photos. Même si les deux sont étroitement liés, la prise de vue et le labo sont deux mondes distincts. Les spécialistes de la retouche passent certainement dix fois plus de temps devant une dalle d’ordinateur que derrière l’objectif. Et tout le problème est là. Les possibilités du numérique sont infinies ou presque. La recherche de la perfection pousse les artistes du numérique dans les excès sans avoir peur de tomber dans un rendu irréel. Mon ami Patrice Cotteau a un avis bien tranché sur la question :

Je n’ai plus confiance

Ca y est ! Avec tous leurs tripatouillages devenus indispensables des photos, ils m’ont fait perdre confiance.

Jusqu’à maitenant, une photo, c’était un tirage léché (et pour ça, il y avait des experts) lors de l’exposition sous l’agrandisseur, ou une diapo bien saturée ou encore un tirage « hollywoodien » sortant d’une machine bien réglée.

Bien sûr, il y avait l’avant, c’est-à-dire la prise de vue. Bien préparée et bien travaillée et bien réalisée. Le joli fill in compensé au flash discret et le poil de sous-ex pour la densité. Après ça, c’était « l’oeuvre » à l’état brute offerte aux regards impatients et admiratifs.

Désormais, dès que je porte les yeux sur des travaux, c’est avec l’appréhension d’en prendre plein les mirettes tellement les photos sont artificielles. Et ça se voit ! Gros comme (mon) nez au milieu du visage… Certains professionnels devraient se voir ajouter leur pseudo dans leur patronyme, comme Steve « Photo shop » Curry et bien d’autres ou X « Light room » Y. Place aux grands manipulateurs, aux artificiers de l’effet choc. Ils chassent le naturel à la 12.7 de leurs ordinateurs pour vous offrir ce que vous semblez aimer. Même la guerre en devient jolie !

Je vous laisse juges…

4 réactions sur “Adobe RVB ou sRGB ?

  1. Je ne dis qu’un mot: HDR

    Le fléau d’Instagram, l’horreur sur Facebook!

    Je suis moi même coupable de bidouiller mes scans de negatifs jusqu’à ce qu’ils me conviennent mais en principe rien que l’on n’aurait pu faire en chambre noire.

    Ah le bon vieux temps….

    • C’est une question de dosage. Un léger rehaussement des ombres et une atténuation des hautes lumières ne fait pas de mal. Quand le HDR est poussé à l’extrême, c’est douloureux pour les yeux.

  2. Effectivement, avec le numérique, et ses dérivés/dérives, la photographie devient par trop aseptisée, sans âme. Elle prêtent à la perfection… pour n’atteindre au final qu’un déficit en émotion.

  3. Par rapport à la question de base, je dirais Adobe RGB plutôt que sRGB car l’espace colorimétrique est plus vaste, en particulier vers les verts.

    Par rapport au débat de fond, effectivement comme vous je ne vois pas d’intérêt à retoucher profondément une image jusqu’à la dénaturer.
    J’ai appris, après une phase de « mitraillage à la 12.7 » au début du numérique, à limiter mes prises de vue, prendre le temps de trouver le bon point de vue, de cadrer correctement pour ne pas avoir à passer trop de temps devant l’écran. Et je jette pas mal de fichiers qui ne sont pas bons, beaucoup plus qu’il y a 10 ans. Il m’arrive de prendre 2 à 3 images devant un paysage : 1 horizontale avec priorité au sol, 1 horizontale avec priorité au ciel, 1 verticale. Sinon, 2 photos pour sécuriser la prise de vue (flou de bougé, erreur de mise au point par exemple).

    Pour les négatifs scannés, j’ai appris la méthode de la courbe d’ajustement pour capter le maximum de nuances du blanc au noir. Cela donne des fichiers sans zones bouchées ou cramées (si la prise de vue initiale est correctement exposée bien sûr) mais qui nécessitent d’être retravaillées ensuite au développement (lightroom) pour leur donner contraste et peps.

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