Passage à vide

Ce matin, le vent soufflait fort dans la région. En regardant par la fenêtre, j’ai vu des gens lutter contre cette force invisible tout en essayant de se frayer un chemin au milieu des tourbillons de feuilles mortes. C’est la journée idéale pour créer des images différentes. Mais pourquoi fallait-il justement que ce fichu mal de crâne vienne gâcher la journée ? Au lieu d’affronter les éléments, je suis resté cloîtré chez moi, frustré de ne pas être capable d’affronter les bourasques. Le petit 24 x 36 Olympus et les trois Kodak Tri-X étaient déjà dans le sac photo prêts à capturer les contrastes et les nuances en noir et blanc. La motivation était bien là mais pas la forme. Au lieu de produire, j’ai cherché des idées de création dans les photos de Patrick Zachmann, Gianni Berengo Gardin et de Berenice Abott. Ils n’ont rien en commun mais leurs photos me donnent envie d’aller plus loin dans ma démarche de création.

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Vous n’avez pas l’impression d’avoir épuisé vos sujets à force de visiter les mêmes lieux trop souvent ? Si le compteur de vues n’avance pas aussi vite qu’on le voudrait bien, ce n’est pas à cause d’un manque d’inspiration. On a juste besoin de nouveaux espaces. Les lieux que l’on visite devraient toujours donner envie de déclencher instinctivement sans avoir à réfléchir à un quelconque message. J’envie les grands voyageurs photographes qui ont la possibilité de chroniquer le monde. Je veux construire des images sans arrières-pensées artistiques simplement en me laissant guider par un lieu. J’aimerais retrouver le bonheur de créer quelque chose de personnel, comme avant. J’aimerais photographier de manière naïve et tant pis si les images sont bancales, mal cadrées ou mal exposées. Chaque fois que j’essaie d’atteindre la perfection, je n’arrive à rien. Quand je deviens trop calculateur, je perds en spontanéité. C’est pourtant ce qui me plaît dans la photo. En ce qui me concerne, il vaudrait mieux photographier sans projet précis. Je dois préserver le plaisir que j’éprouve à faire des images instantanées et ne pas calculer. J’adore déclencher de manière instinctive et voir ce que cela donne une fois la pellicule développée et numérisée.

Salage en hiver

Salage en hiver

Je ne compte pas sur le matériel dans ma quête d’inspiration mais parfois un boîtier oblige à changer ma façon de photographier. Un compact ou un reflex mécanique dépourvu d’électronique impose une autre méthode de travail et donc un autre style d’images. Sur les vieux 24 x 36 argentiques, l’autofocus n’existe pas. Pour gagner en rapidité, on détermine une zone de netteté suffisamment étendue ( hyperfocale ) et la mise au point sur le sujet n’est plus nécessaire. On peut aussi caler une ouverture en fonction de la quantité de lumière dont on dispose au lieu de miser uniquement sur la profondeur de champ. L’idée est de fermer le diaphragme à F/16 en plein soleil, à F/8 quand il fait gris et d’ouvrir à F/3,5 et plus seulement quand la lumière est trop faible. Le résultat est très différent. En ayant aucune contrainte de manipulation de l’appareil ( mis à part l’obligation d’appuyer sur le déclencheur si on veut avoir cette image ), on ne s’occupe que de l’essentiel, c’est à dire du sujet. Si je décide d’opérer à F/11 et que la vitesse doit descendre au 1/30, alors peu importe. Les images floues ne me font pas peur. Ce qui m’ennuierait, c’est de rester trop longtemps sans produire une seule image. L’inspiration, on la trouve dans les livres, le cinéma ou dans les images des artistes que l’on admire. Mais l’inspiration s’entretient aussi en exerçant. Ce serait dommage qu’elle s’évapore par manque de pratique.

Usine abandonnée

Usine abandonnée

photographie argentique - tirage noir et blanc - photo de rue - Silhouette sur le pont

Silhouette sur le pont

photographie argentique - tirage noir et blanc - Photographie de rue en hiver.

Ruelle du Nord

2 réflexions sur “Passage à vide

  1. Courage Fred. Ces moments sont difficiles. A mon avis parfois il faut savoir ne pas se forcer, se reposer la tête et les jambes, s’occuper autrement, ne pas focaliser sur les aspects négatifs. On vit tous des baisses de régime et je ne connais pas de recette miracle. Patience. Chez les passionnés l’envie revient toujours!

  2. Il y a comme un verrou, un cliquet qu’il faut quelquefois faire sauter pour que tout se remette en marche. Il est des jours difficiles où rien ne permet de déclencher, où tout est morose et sans intérêt. C’est le moment où il faut se faire violence. Pour cela il faut forcer avec énergie et commencer par faire n’importe quoi, l’essentiel est de faire des photos. Après quelques prises précipitées, le rythme et le coup d’œil reviennent. Surtout ne pas intellectualiser la chose. On gâche toujours un peu de pellicule dans ces cas-là. Ne pas focaliser (!) sur le matériel. Il n’y est pour rien. C’est le bonhomme qu’il faut remettre en marche dans le bon sens.
    Dans ces cas-là, je fais même quelques cartes postales puis je retourne vers les gens et je fais n’importe quoi, une dizaine ou une quinzaine de fois et je retrouve le bon rythme.

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