Photographes de l’ombre

Nous, photographes anonymes, espérons sortir de l’ombre un jour. Nous ne connaîtrons certainement jamais la gloire et ce n’est pas très important mais parfois nous attendons juste un peu de reconnaissance de la part des autres. Nous poursuivons quand même inlassablement notre quête de la bonne image, celle qui fera plaisir à notre commanditaire, celle dont nous pourront être fiers parce que nous sommes des passionnés. Lire la suite

La Kodak BW400CN va disparaître

usine BW400CN

Pellicule Kodak BW400CN

Je suis triste. La pellicule Kodak  BW400CN va disparaître. C’est encore un précieux film argentique en moins dans la gamme du noir et blanc. Apparemment, la demande n’est pas assez forte pour soutenir la production. C’est un négatif que j’apprécie beaucoup pour ses noirs profonds et son absence de grain visible, assez unique dans la catégorie des 400 ISO. Le gros avantage de ce négatif, un peu à part, est que l’on peut s’adresser au laboratoire photo du coin lorsqu’on a besoin d’un développement rapide. En effet, la Kodak BW400CN se développe comme un négatif couleur. Je l’utilisais plus souvent quand je vivais en Écosse. J’aimais bien photographier les paysages avec un fort contraste. Dans les rues de Glasgow, je chargeais le reflex Canon avec la BW400CN pour photographier aussi bien les scènes de rue que l’intérieur des bâtiments et des musés. J’ai toujours eu des images bien nettes et un beau noir et blanc grâce à ce film. J’ai décidé d’en commander un lot avant qu’il ne disparaisse. Je ferai certainement une série de portraits avec, une manière pour moi de lui faire mes adieux.

Mon Olympus me manque

Olympus OM 2000 - Zuiko 35 mm - Kodak Tri-X 400

Si j’avais su, je ne me serais jamais séparé de ce 24 x 36 argentique. Il rendait bien des services. Léger, petit, facile à manier, je pouvais l’utiliser tel un compact avec l’avantage d’un vrai viseur. Dans la besace, il ne prenait pas de place et je pouvais l’emporter partout sans être encombré. J’aimais bien utiliser la Rollei Retro et la Kodak Tri-X avec l’Olympus. Oh, ce n’était pas le meilleur des appareils photo argentique. Il était bruyant et l’accrochage de la bobine avait tendance à m’énerver mais j’ai pu réaliser de bonnes photos grâce à lui. J’avais décidé de mettre en vente tout le vieux matériel soi-disant pour faire un peu de place dans les placards et récupérer un peu d’argent pour investir dans d’autres accessoires photo. Finalement ce n’était pas une bonne idée. J’ai encore la sensation du toucher quand je le tenais dans les mains. C’est toujours pareil quand on se débarrasse de son vieux matériel, on le regrette amèrement un jour ou l’autre.

Laissons faire l’appareil photo

Lever de soleil - Photo couleur argentique scannée - Ancien appareil photo Pentax avec 50 mm

Pentax P30t – Pellicule Fuji Superia 100 ISO

 

La photographie, ce n’est pas très compliqué. Il suffit d’appuyer sur le déclencheur au bon moment et l’appareil s’occupe du reste. Ce n’est pas la même histoire avec les autres disciplines artistiques. Oh bien sûr, il faut savoir repérer les situations délicates et anticiper les problèmes d’exposition mais nul besoin d’être un surdoué pour obtenir une bonne photo. La seule chose à faire est de choisir un cadre, éventuellement un point de vue si on a la possibilité de se baisser ou de se déplacer. Le sujet et la lumière sont primordiaux. Grâce à la technologie avancée du numérique, l’image se forme toute seule. Faîtes un peu confiance à votre appareil photo. N’essayez pas de lui imposer un réglage manuel parce que cela vous semble pertinent. Il est suffisamment intelligent pour analyser la situation. Un appareil argentique aussi basique que le Pentax P30t sait le faire, alors pourquoi pas votre numérique ?

Dernier scan argentique : Ypres

TMAX 100

Les photos de l’entre deux : ni bonnes ni mauvaises.

J’ai dû scanner à nouveau toute la série noir et blanc réalisée à Ypres en Belgique. Je n’ai pas su récupérer les photos stockées sur le disque dur tombé en panne. Dans le lot, il y avait cette vue n°36 qui me pose toujours problème. C’est une photo prise avec un appareil 24 x 36 que j’ai découpée au format carré. L’originale ne me convenait pas dans son format vertical laissant trop d’espaces vides en haut et en bas. J’ai vaguement essayé de trouver un compromis en la recadrant. J’ai même tenté un recadrage à l’horizontal, mais sans succès. Quelque chose d’autre m’ennuyait déjà à l’époque où je l’avais scannée la première fois, c’est la mauvaise répartition des passants dans le cadre. Et forcément, je ne vois que ce défaut maintenant et j’éprouve une sorte de frustration car cette photo fait partie des images de l’entre deux comme beaucoup d’autres. Elles sont ni bonnes ni mauvaises .

En l’observant avec un œil neuf et avec du recul, je me rends compte qu’elle méritait mieux. Je n’ai pas su déclencher au bon moment. Si la première personne à vélo était plus à droite, on aurait mieux distingué son visage sur le fond noir. Ensuite, le coin de l’image en bas à droite est désespérément vide. Une autre personne aurait été la bienvenue, même un bras ou une jambe auraient apporté un meilleur équilibre à cette image. D’ailleurs, je pense que c’est exactement ce qu’il fallait, une moitié de corps pour fermer l’image. Ici, tout est dans l’art de choisir le bon timing quand les éléments se mettent en place avec exactitude comme dans un tableau ou une scène de cinéma avec des figurants. Ce n’est pourtant pas compliqué de réaliser ce genre d’image. L’unique intérêt de ce type de photo réside dans l’occupation intelligente de l’espace. Parce qu’après tout, il n’y a pas grand chose à voir à cet endroit. Le cadre étant défini, il suffisait d’être patient et d’attendre une meilleure composition de l’ensemble.

Ce jour-là, j’étais avec un ami et je lui expliquais qu’il faut être réactif lorsque l’on fait de la photo de rue. Je lui montrais comment préparer son appareil photo, notamment en basculant en mode manuel et en utilisant l’hyper focale. Malheureusement pour moi, j’ai confondu réactivité et précipitation. Être rapide ne signifie pas déclencher vite à tout instant sans réfléchir. Il faut savoir être prêt et attendre le moment opportun, sinon cela n’a aucun intérêt de photographier ce genre de scène dans la rue. J’ai voulu faire le malin et c’est raté. Cela dit, je me suis rattrapé un peu plus tard. Je suis retourné à Ypres pour photographier la ville, toujours en noir et blanc argentique. Seul, j’ai pu me concentrer sur mes actions et choisir de façon un peu plus pertinente les instants. J’en parlerai une prochaine fois. Allez, je retourne à mes scans. Bonnes photos à toutes et à tous.