Photographies du banal et du quotidien en noir et blanc

Les plus beaux sujets ne sont pas forcément les meilleurs

Photographier des scènes banales ne me dérange absolument pas. Ce qui compte pour moi, ce ne sont pas les belles images mais l’esthétique du noir et blanc. La forme passe avant le contenu. Il n’y a pas de message dans mes photos, juste la volonté de traduire un lieu, un objet en noir et blanc. Même les endroits moches, je les photographie volontiers. Évidemment, si je peux combiner sujet intéressant et photo réussie, c’est encore mieux. Je ne refuse pas les beaux paysages et les portraits d’enfants mais la banalité fait partie des sujets que je photographie au quotidien.  Si je sens qu’il y a matière à fabriquer un noir et blanc avec des tonalités de gris intéressantes, alors cela me va. Peu importe s’il s’agit d’un chantier, d’une vitrine de magasin abandonné ou d’un vieux tonneau rouillé. Ce genre de photographies ne plaît pas à tous, je le sais. Ce que le plus grand nombre apprécie le plus, ce sont les photos de chats, les couchers de soleil ou encore les photos de bébés dans un panier d’osier. Je ne suis pas contre ce qui est mignon mais le côté fleur bleue à toutes les sauces m’ennuie.

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D’ailleurs, ce n’est pas parce que le chaton est mignon que la photo sera intéressante à coup sûr. Les gens confondent forme et fond. Une photographie n’est pas obligatoirement bonne sous prétexte que la petite fille au visage d’ange vous sourit et vous fait craquer. La manière de traiter le sujet, la qualité de la lumière et l’ambiance sont peut-être plus importants que le modèle lui même. À l’extrême, je préfère photographier l’ombre d’un vieux chien errant le soir dans une ruelle inquiétante qu’un joli poupon avec une lumière fade. J’exagère le propos mais c’est pour bien vous faire comprendre que les plus beaux sujets ne garantissent pas systématiquement de belles images.

Peu de photographes amateurs vont chercher des images illustrant le quotidien dans ce qu’il y a de plus banal. Même les passionnés ne comprennent pas toujours mon intérêt pour des sujets aussi peu photogéniques à leurs yeux. Les gens que je croise sur les berges du canal se retournent pour essayer de comprendre ce que je photographie. Il n’y a rien d’intéressant ici à photographier ! J’entends très souvent :  » Je ne suis pas très inspiré, j’attends les prochaines vacances et l’arrivée des beaux jours. » Alors dans ce cas, pourquoi avoir acheté un reflex ? Un petit compact ou un bridge pourrait suffire. Les images seront tout aussi belles. Si on ne cherche pas à être créatif, cela ne sert à rien d’investir dans un matériel de pointe.

Les sujets ne doivent pas nécessairement être magnifiques pour réaliser de bonnes photos. On peut aussi poser un regard personnel sur la banalité qui nous entoure ou interpréter une scène du quotidien dans un style différent de ce qu’on a l’habitude de voir. Je comprends que ce n’est pas évident à dénicher le détail qui fera la différence. Moi, je me laisse guider par la lumière, les textures et les matières. Je ne réussis pas tout le temps à mettre en avant ce que j’avais en tête, mais je suis constamment à l’affût. Bien sûr, le noir et blanc facilite cette réinterprétation du réel. Cela dit, rien ne vous empêche de vous imposer un thème précis, même bizarre, et de le retravailler en post-production dans un style très personnel, histoire de retrouver l’inspiration et d’avoir le sentiment d’être créatif.

5 réflexions sur “Photographies du banal et du quotidien en noir et blanc

  1. Belle approche ! Je tente de dépasser le « simple cliché du chaton », je me fais violence, mais comme tu dis, un appareil photo, ça doit sortir tous les jours ! Et à nous de nous adapter !

  2. Il me semble que la forme et le fond se rejoignent dans vos clichés. Vous documentez le réel, proposez un angle différent, une autre manière de regarder ce qui au premier coup d’oeil semble anodin. Le sujet est peut-être banal, vos photos ne le sont pas.

  3. Tu résumes très bien la chose : comment dépasser la photo « carte postale » pour aller vers de la photo d’auteur.
    Ca me rappelle la première fois que j’ai vu les photos d’Eggleston, je ne comprenais pas pourquoi il s’agissait d’un des maîtres de la photographie, alors que maintenant c’est très clair !

  4. Les photos (très belles) présentées sont en adéquation avec les propos. Il y a donc équilibre ! Effectivement, le ressenti personnel n’est pas facile à partager, mais est-ce bien nécessaire après tout ? C’est le ressenti qu’il faut d’abord partager,après la communion va de soi. Partager une façon de poésie, c’est pas gagné… Le plaisir est souvent solitaire.

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