J’ai testé le Sigma DP1 Merrill sur le terrain du noir et blanc

Mon expérience du noir et blanc avec le DP1 Merrill – Première partie.

 J’ai revendu mon dernier reflex à pixels il y a un an et demi et depuis, je ne photographie plus qu’en argentique. J’avais décidé d’abandonner le numérique et de me consacrer pleinement à la photographie en noir et blanc classique, celle qui me fait vibrer depuis toujours. Cette décision m’a permis de progresser dans une seule et même direction. Avec le numérique, j’étais tenté de tout faire et j’avais une fâcheuse tendance à m’éparpiller. Depuis plusieurs mois, je m’intéresse à nouveau aux appareils numériques. Trop souvent, je m’abstiens de déclencher pour ne pas gâcher de la pellicule. J’aimerais pouvoir photographier sans compter. Et puis, il y a aussi l’envie de faire des images différentes, des images que je ne ferais pas avec une pellicule.

Sigma DP1 Merrill - Lecture

Sigma DP1 Merrill

Pendant dix ans, entre 2002 et 2012, j’ai cherché à obtenir une photographie noir et blanc similaire au film argentique. Les résultats très aléatoires des différents reflex que j’ai possédés n’étaient pas toujours à la hauteur d’un négatif Kodak ou d’un film Ilford. Mais au fil des années et des progrès technologiques, tant au niveau des capteurs qu’au niveau du traitement d’image par logiciels, je constatais que certains photographes arrivaient à s’approcher du Graal. Malheureusement, dans la plupart des cas, seuls les boîtiers pros et semi pros sont capables de restituer presque toute la richesse des nuances de gris d’un beau film.

Je ne voulais pas investir 2000 euros dans un reflex juste pour quelques images monochromes en plus. Je suis déjà bien équipé en matériel argentique et les films noir et blanc comblent largement mes besoins. Du côté des compacts experts et hybrides, les challengers comme Ricoh, Fuji, Olympus tirent leur épingle du jeu en termes de qualité d’image. Les dernières générations semblent tout à fait aptes à remplir entre guillemets, la fonction de boîtiers spécialisés en noir et blanc. Mais les prix restent tout de même assez élevés.

Je ne saurais affirmer que tel ou tel capteur est meilleur qu’un autre en noir et blanc directement en sortie boîtier. Par contre, je suis convaincu que seul un fichier de haute qualité peut être traité plus facilement sur le PC. Toujours est-il que je suis attentif aux productions en noir et blanc numérique de mes confrères et cherche encore une solution pas trop onéreuse sans devoir passer par un reflex ou le très élitiste Leica monochrome.

Royal Enfield BW

Trois semaines en compagnie du Sigma DP1 Merrill

J’ai été contacté par la maison Sigma qui m’a proposé de tester un compact numérique de la gamme Merrill*. Je ne pouvais absolument pas refuser cette opportunité, d’autant plus que j’avais entendu beaucoup de bien à propos des premières versions. Forcément, j’étais curieux de connaître le potentiel de ce boîtier en noir et blanc. La série Merrill compte trois boîtiers identiques mais chacun avec une focale fixe différente : le DP1 avec un 19 mm équivalent au 28 mm en plein format, le DP2 et son objectif correspondant au 45 mm et le DP3 équivalent au 75 mm. J’ai choisi le DP1 avec son objectif grand angle. C’est une focale que je connais bien et qui permet de photographier de très près. Je voulais comparer les capacités du compact avec celles d’un 24x 36 Olympus OM argentique et le 28 mm Zuiko que je venais de revendre. Je photographie souvent dans la rue et j’ai besoin d’un appareil réactif, simple à utiliser et efficace en toutes circonstances.

Sigma DP1 Merrill en noir et blanc - Le remoulleur

J’ai très vite compris que le Merrill est franchement destiné aux photographes experts exigeants. Sur le Sigma, on ne trouve pas les modes résultats, portraits, paysages, macro et compagnie présents sur tous les appareils grand public. Les photographes à l’aise avec les modes priorité vitesse, ouverture et manuel se passent très bien de ces outils. L’objectif relativement lumineux ( F/2.8 ) délivre des images de belle facture et quand on découvre les premières photos sur l’écran de l’ordinateur, on est stupéfait par la netteté. Dès le début, je me suis mis à tester le Sigma en mode monochrome. Je voulais vérifier les fichiers en sortie directe et voir comment se comporte le capteur en mode couleur standard. Dans les deux cas, je peux vous dire que l’on est en face d’un véritable petit bijou. Je reviendrai sur la qualité des images dans un deuxième volet.

Premières prises en main du DP1

Au départ, je n’étais pas très emballé par le design très épuré du Merrill. Mais on oublie très vite l’apparence du produit. De tout manière, ce qui compte pour moi, c’est avant tout la qualité des images. Le look de l’appareil arrive en dernière position. Ce qui me gênait, c’était surtout l’absence d’ergonomie. Je suis habitué à tenir constamment en main l’appareil pour ne pas perdre une seconde et la forme cubique du Merril n’est pas étudiée pour cela. Il vaut mieux utiliser la dragonne.

SDIM0951BWIII

J’ai dû réapprendre à viser avec un écran arrière. Cela peut sembler naturel à plus d’un mais moi, j’ai toujours été réticent vis à vis de cette méthode de visée, surtout en pleine lumière. J’ai été agréablement surpris par la précision de l’écran du Sigma. Les fabricants ont fait de gros effort dans ce domaine et je n’ai pas rencontré de difficulté majeure cet été, à part peut-être une ou deux fois. Chez Sigma, on avait prévu de me prêter un viseur optionnel que l’on vient fixer sur la griffe du flash mais cet appendice ne m’a pas convaincu. Petit à petit, j’ai appris à me servir de manière efficace de l’écran arrière et à cadrer relativement précisément. J’avoue avoir du coup apprécié les possibilités de cadrages alambiqués grâce à la bonne lisibilité de l’écran.

SDIM0939BW

Sur le plan de la réactivité, le Sigma DP1 ne m’a pas déçu. J’ai pu saisir des instants brefs sans difficulté. Le mode rafale est correcte mais l’enregistrement des images est interminable. Ne comptez pas visionner vos images instantanément. Dans mon cas, je n’y vois pas d’inconvénient puisque d’habitude en argentique je découvre mon travail seulement plusieurs jours après les prises de vues. Il faut dire que le poids des fichiers est considérable au format RAW. Il vous faudra une bonne carte mémoire pour digérer les 44 Mo générés par le capteur Foveon.

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est la facilité et la rapidité avec laquelle on navigue dans les réglages principaux : ISOS, mode de prise de vue, balance des blancs, contrôle de l’exposition etc … C’est véritablement un plus sur le terrain, d’autant plus que le Merrill est dépourvu de ces gadgets inutiles qui encombrent. L’essentiel est là, rien ne vient perturber l’utilisateur.

On s’approprie rapidement le maniement du Sigma Merrill. Alors qu’avec d’autres compacts, un an après, je cherchais encore où se trouvait le contrôle de l’exposition, il ne m’a pas fallu deux jours pour connaître tous les accès. Le menu est vraiment simple.

Tests paysage en noir et blanc avec le Sigma DP1 Merrill

Sur le terrain, j’ai vraiment apprécié le Sigma DP1 Merrill. Mais si je dois retenir une chose de cette première expérience, c’est bien l’exceptionnelle qualité des images et ce dès la sortie du boîtier. Personnellement, je peux faire l’impasse sur l’absence d’un réel viseur comme sur le Fuji X100 ou le délai d’enregistrement sur la carte mémoire si au final la qualité des images est au rendez-vous. J’espérais des noir et blancs proches du rendu argentique, je peux vous dire que le DP1 Merrill tient la route et je vous en parlerai très bientôt.

*Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un billet sponsorisé mais bel et bien d’un avis personnel.

10 réflexions sur “J’ai testé le Sigma DP1 Merrill sur le terrain du noir et blanc

  1. Les images sont brutes sorties de l’appareil ?
    En tout cas au niveau piqué, c’est très bon… effectivement !
    Mais qu’est-ce qui peut pousser Sigma à sortir 3 appareils compacts avec 3 focales fixes différentes ?

  2. Bonjour Fabien,

    Je suis Renaud de SIGMA. L’intérêt d’avoir trois focales fixes différentes est avant tout d’avoir un couple capteur-objectif optimisé pour obtenir la meilleure qualité d’image possible, une qualité difficilement atteignable avec un zoom ou un boîtier à objectifs interchangeables.

    Merci à Fred pour cette première partie de test enthousiaste et très bonne journée à tous !

  3. J’ai acheté le DP2 M au prix fort et revendu mon reflex , je me suis ensuite fait plaisir en achetant le SD1 M quand son prix était devenu plus raisonnable …et j’ajoute (en commande actuellement) le DP3 M 🙂
    Pas impossible que je craque pour le DP1 M avant qu’il disparaisse du catalogue… ce sont les seuls appareils (et j’en ai eu depuis 30 ans …) qui m’ont arraché un « wowwwww, p****n ! » en découvrant mes premiers clichés sur l’écran de mon Mac. Chaque image, même portant sur une scène banale, ravit, les yeux sont grands ouverts et on est heureux de posséder ses appareils formidables. (je ne travaille pas chez SIGMA, je n’ai – malheureusement 🙂 – aucun rabais etc ) …

  4. Pingback: Leica M monochrome ou Kodak TMAX ? | Histoires de photos

    • Je n’ai à ce jour toujours pas trouvé d’équivalent à l’argentique. Je n’ai encore jamais eu l’occasion de tester un Fuji 100F. Je suis convaincu que même avec un très beau rendu dans les tonalités de gris, le numérique ne rendra pas les mêmes sensations qu’une pellicule. Il manquera toujours la texture du film. Un Olympus OMD, un Fuji X100 ou X pro, c’est super et certainement très efficace dans beaucoup de situations. Mais je préfère dépenser la même somme dans un lot de pellicules noir et blanc pour des années encore je l’espère.

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