Combien faut-il de prises de vues pour faire une bonne photo ?

Faut-il déclencher dix fois, cent fois, mille fois… avant d’obtenir une bonne photo ? Un bon photographe fait-il mouche à chaque fois ?
Je ne me posais pas la question il y a quelques années. J’ai toujours photographié en essayant d’avancer et en faisant abstraction de la quantité de négatifs gâchés. Mais depuis quelque temps, je ne fais rien de bon. Alors, je m’interroge.
Bien sûr, tout dépend de la situation, du sujet, de l’expérience du photographe, de sa motivation et de sa manière de travailler. C’est un vaste sujet sur lequel on pourrait débattre pendant des heures et des heures. Mais une chose est sûre en ce qui me concerne : après vingt ans de pratique et plus de 45 000 images, je constate que mes photos sont de moins en moins souvent bonnes.

Kodak NB - 116

Je ne produis pas assez d’images.

Actuellement, je consomme au grand maximum quatre négatifs noir et blanc dans le mois. C’est peu, comparé à ce que je produisais il y a quelques années. Avec mon petit budget mensuel consacré à l’achat et au développement des pellicules ( les temps sont durs ), inutile de vous dire que je ne déclenche pas systématiquement. L’œil collé au viseur, je me demande si le sujet en vaut vraiment la peine, si je suis bien placé, si la lumière est intéressante etc… Même si la scène semble sympa sur le moment, j’hésite toujours une fraction de seconde avant d’appuyer sur la gâchette, souvent une fraction de seconde de trop. Et bien souvent, je retiens l’index.
C’est dommage, je me prive certainement d’instants photographiques intéressants. Autrefois, j’appuyais sur le déclencheur sans avoir la moindre idée du résultat pour finalement être enchanté par la photo sur papier. Je n’hésitais pas à griller plusieurs pellicules d’affilé. Aujourd’hui, je laisse filer de bonnes occasions. Du coup, il m’arrive de regretter ne pas avoir déclenché. Le doute s’installe. Je suis peut-être passé à côté de la bonne photo. Repenser à la scène et comment j’aurais pu l’immortaliser amplifie la frustration. Et parfois, c’est l’inverse. Après quelques hésitations, je crois tenir la bonne photo. Seulement, la déception est grande quand elle apparaît sur l’écran de l’ordinateur. Entre les photos moyennes et celles que je n’ai pas prises, je me retrouve avec trop peu de photos exploitables.

Photo de rue en noir et blanc argentique

Faire confiance à son intuition

Certes, ce n’est pas la quantité qui fait la qualité, vous connaissez l’adage. C’est vrai dans tous les domaines artistiques et à fortiori en photographie. Néanmoins, je m’inquiète. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour revenir en arrière ? Je devrais m’imposer un rythme plus soutenu, histoire de retrouver les bons gestes, la vivacité et surtout une certaine confiance en moi. Auparavant, je me serais précipité sur ma cible si je pressentais tenir une bonne photo. Je serais allé au contact et aurais cherché le cadre avec frénésie. Maintenant, je réfléchis, je tâtonne et je perds un temps précieux. J’ai l’impression d’avoir perdu l’instinct.
A force de réfléchir, je remarque un sérieux manque d’efficacité dans ce que je fais. Ce n’est pas bon d’être indécis. J’étais bien plus efficace quand je déclenchais ou non en fonction de mon intuition. Je ne suis vraiment pas satisfait de mes dernières pellicules. Grosso modo, sur une série de 36 images prises sur le vif, une dizaine me conviennent moyennement et trois ou cinq me redonnent le sourire. Je ne dis pas que 100% des prises de vues doivent être absolument parfaites. Ce n’est pas possible. Mais j’estime que l’ensemble des images prises dans un même espace temps doit être bon, tout au moins acceptable.
En ce moment, je pratique à nouveau la photographie de rue et je réussis rarement à enchaîner dix vues irréprochables. Je suis fou de joie quand une ou deux photos me semblent excellentes. Pourtant, je m’applique à chaque fois. Je ne parle pas de la réussite sur le plan technique. Même si tout peut sembler correct : netteté, mise au point, exposition… en regardant les scans des négatifs, je vois mes erreurs, les mauvais choix. Pour certaines photos, il aurait fallu que je m’approche encore plus du sujet, pour d’autres, j’aurais dû attendre que les personnes se détachent mieux les unes des autres. Je mets ce problème sur le compte d’une trop longue inactivité.

Street photo noir et blanc argentique

S’exercer sans cesse pour affûter le regard.

En fait, il faut travailler sans cesse si on veut affiner sa pratique. En photographiant régulièrement, tout le monde doit pouvoir repérer ses points faibles et ainsi les corriger sur le terrain. Parce que c’est au moment du déclenchement que tout se joue et non à postériori sur un écran d’ordinateur. Si on n’éduque pas le regard, on ne saura pas identifier les points forts d’une scène et comment l’appréhender. Trop de photographes débutants ou non s’appuient uniquement sur la technique. Une belle lumière, des contrastes bien gérés et un excellent piqué d’objectif ne rattraperont pas une image bancale.
D’ailleurs, je conseille à tous les photographes débutants de ne pas perdre trop de temps sur leur ordinateur mais plutôt de reprendre l’appareil et de refaire le travail sur le terrain. Le numérique offre cet avantage de shooter sans compter. C’est maintenant mon principal handicap en argentique. Si j’étais équipé d’un excellent compact numérique aussi réactif qu’un boîtier argentique, capable de fournir des fichiers noir et blanc aussi beaux qu’un négatif Kodak Tri-X, je ne me priverais pas. Dans la rue, je déclencherais à tout va.

scan noir et blanc

7 réflexions sur “Combien faut-il de prises de vues pour faire une bonne photo ?

  1. Je te rejoins sur l’importance du regard. Je me fais parfois cette réflexion quand je marche dans la rue : il y a de très belles photos à faire partout, même (et parfois souvent) dans des situations très banales. Mais soit je n’y fais pas attention, soit je n’ai pas d’appareil sur moi, soit il est au fond de mon sac, et le temps de le sortir c’est trop tard…
    L’argentique n’est certes pas le plus économique, mais développer ses négatifs n&b soi même se révèle être très économique! (Tu le fais peut être déjà?) Et puis l’argentique c’est un autre état d’esprit, voilà c’est dit!

  2. Je garde l’article pour mon prochain billet… qui traite de la sélection des photos. Avec l’expérience on ne déclenche plus n’importe comment et notre niveau d’exigence s’élève. c’est donc normal de réduire le nombre de photos.

    Le premier mois où j’ai eu mon boitier j’ai réalisé autant de photo qu’en 2012 soit un peu plus de 2000 photos sur des thèmes bien moins varier en 2006 qu’en 2012.

  3. Salut Fred

    Encore un très bon article qui soulève un point très important : l’éducation du regard.
    Merci de partager avec nous ton sentiment, c’est toujours très intéressant de lire quelqu’un qui a un belle expérience de la photo comme toi !
    Même si je ne pratique pas la photo depuis si longtemps, je me rends compte que ma pratique a bien changé aussi depuis 2008 et l’acquisition de mon premier reflex numérique. Je suis moins fou-fou, plus posé et plus critique sur mon travail. C’est aussi en me replongeant dans mes archives que je mesure le chemin parcouru …

  4. J’aime beaucoup tes articles parce qu’ils sont franc de bout-en-bout. Ils sont intéressants pour tous, amateurs et expérimentés. Ils soulèvent des questions et donnent des éléments de réponses. Dans cet article il y a un mot qui revient souvent et qui, à mon avis, est très important. C’est le mot « réfléchir ». Je crois qu’il faut réfléchir AVANT et APRÈS mais que cette attitude peut être « néfaste » PENDANT. Dans la photo de rue je veux dire. Lorsque je vois une photo à prendre, une des rares questions que je me pose, ou plutôt, l’analyse que je fais vite fais bien fait c’est une évaluation risque/opportunité: est-ce que ce sujet vaut la peine d’être pris en photo vu le risque encouru si je suis repéré? Ensuite, techniquement, je fais au mieux.

  5. Il faut penser avec le doigt déclencheur ! Si vous vous dites, ça y est, celle va être bonne, je déclenche, il est déjà trop tard, l’instant magique est passé. Je dis la même chose à mes étudiants, au cours de portrait en studio. La bonne expression du modèle ne dure qu’une fraction de seconde. Vous avez donc raison. Il faut s’exercer et s’exercer encore.

  6. Pingback: Photographes, apprenez à sélectionner vos photos

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